Le silure glane (Silurus glanis L.) est le plus grand poisson d'eau douce d'Europe. Originaire d'Eurasie centrale, il a été introduit en Europe de l'Ouest et du Sud au XIXe siècle, notamment pour la pêche récréative et l'aquaculture. Cependant, dans ces régions, il est devenu une espèce exotique envahissante (EEE) problématique, menaçant la biodiversité aquatique native. Face à cette menace, le projet LIFE PREDATOR a été lancé en septembre 2022 avec un budget de 2,85 millions d'euros, réunissant six partenaires de trois pays.
Le problème du silure glane envahissant
En Europe du Sud, le silure glane est considéré comme une EEE très problématique en raison de sa position de super-prédateur et de sa capacité à se nourrir d'une large gamme de proies. Ses impacts écologiques majeurs incluent :
- La réduction significative de l'abondance et de la biomasse de poissons natifs.
- L'altération potentielle des flux énergétiques entre les habitats d'eau douce et marins due à la prédation sur les espèces migratrices.
- L'altération des cycles de nutriments, avec une augmentation de l'azote dans les lacs due à ses agrégations massives.
- Une compétition potentielle avec les prédateurs natifs, comme le brochet.
- L'introduction potentielle de nouveaux agents pathogènes affectant les poissons natifs.
Malgré les campagnes de contrôle locales et les interdictions de transport et de relâchement dans certains pays (Italie, Portugal), l'abondance du silure glane reste souvent inchangée et son aire de répartition continue de s'étendre. Cela est dû, entre autres, à des efforts de confinement inadéquats, au manque de sensibilisation des pêcheurs et à l'application insuffisante des lois.
Objectifs et approche du projet LIFE PREDATOR
Le projet LIFE PREDATOR vise à établir et développer un système faisable, fiable et efficace pour prévenir, détecter, contrôler et stopper la propagation du silure glane invasif dans les lacs et réservoirs du sud de l'Europe. Ses objectifs spécifiques sont les suivants :
- Prévenir l'introduction et la propagation en s'attaquant aux principaux vecteurs.
- Développer et diffuser un système de détection précoce efficace.
- Développer et diffuser des techniques de capture efficaces pour le contrôle des populations.
- Améliorer l'état écologique des lacs.
- Élaborer une stratégie pour la durabilité à long terme des objectifs du projet.
Zones d'intervention et partenariats
Le projet se concentre sur 50 lacs et réservoirs en Italie (23 lacs), au Portugal (25 réservoirs) et en République tchèque (2 réservoirs). L'Italie et le Portugal sont des pays où le silure est invasif, tandis que la République tchèque sert de zone de contrôle où l'espèce est native.
Six partenaires sont impliqués :
- Trois entités de recherche scientifique (Water Research Institute-National Research Council d'Italie, Université de Lisbonne, Centre de Biologie de l'Académie Tchèque des Sciences).
- Une entreprise privée spécialisée dans la gestion environnementale et la communication (GRAIA s.r.l.).
- Deux entités administratives italiennes (Città Metropolitana di Torino, Ente di gestione delle aree protette delle Alpi Cozie).
Stratégies et actions clés (Forfaits de Travail WP)
Le projet est structuré en plusieurs forfaits de travail (Work Packages - WP) :
- WP2 : Base de référence socio-écologique : Collecte d'informations sociales et écologiques, modélisation de l'habitat du silure glane, et implication des parties prenantes (pêcheurs, pêcheurs à la ligne).
- WP3 : Protocoles de contrôle et d'éradication : Définition de techniques de capture efficaces et sélectives (pêche électrique, filets maillants, sennes, palangres, chasse sous-marine) pour différentes typologies de lacs et réservoirs.
- WP4 : Système de détection précoce : Développement d'un système basé sur l'ADN environnemental (ADNe) via PCR quantitative (qPCR) et la science citoyenne (rapports de pêcheurs et d'utilisateurs des plans d'eau) pour une détection rapide de la présence du silure glane.
- WP5 : Mise en œuvre des actions de contrôle et d'éradication : Campagnes systématiques de contrôle et d'éradication de 2024 à 2026. Les objectifs de réduction de la biomasse sont fixés à 10 % pour le Lac Majeur en Italie (soit environ 39 tonnes) et les grands réservoirs portugais (Fratel et Cedillo, environ 12 tonnes au total), à 90 % pour cinq petits lacs italiens protégés (soit environ 10 860 kg) et à 50 % pour les petits réservoirs portugais (Meimoa et Belver). Les poissons capturés seront euthanasiés et éliminés conformément aux procédures nationales.
- WP6 : Suivi et évaluation : Évaluation de l'efficacité de la réduction de la biomasse, des impacts sur la biodiversité et les fonctions des écosystèmes, et de la perception sociale. L'ADNe et le métabarcoding seront utilisés pour évaluer l'état écologique des lacs.
- WP7 : Durabilité et exploitation des résultats : Création d'une économie circulaire locale dans le nord de l'Italie en encourageant la consommation du silure glane comme aliment, afin d'augmenter la pression de pêche sur cette espèce. Cela inclura des partenariats avec une école technique pour des essais culinaires et un restaurant social.
- WP8 : Diffusion et sensibilisation : Campagnes massives de sensibilisation ciblant les pêcheurs, le grand public et les écoliers, ainsi que le transfert de protocoles et de bonnes pratiques aux autorités de gestion.
Un avenir plus sain pour les écosystèmes aquatiques
Le projet LIFE PREDATOR représente une approche intégrée, complète et transnationale pour faire face à l'invasion du silure glane en Europe du Sud.
En combinant la recherche scientifique, l'engagement des parties prenantes, des méthodes de contrôle innovantes et des campagnes de sensibilisation, le projet vise à protéger la biodiversité et à améliorer l'état écologique des lacs et réservoirs affectés par cette espèce envahissante.
Son succès pourrait servir de modèle pour la gestion d'autres espèces exotiques envahissantes aquatiques à travers l'Europe.
Si certains ou certaines veulent se refaire la lecture, voici une source https://neobiota.pensoft.net/article/105200/

