À Saint-Étienne-du-Bois, dans l’Ain, un éleveur s’est lancé dans une entreprise peu commune : l’élevage d’arapaïmas, des poissons géants d’Amazonie. Installé depuis fin 2022, Thierry Gallicina élève ces spécimens dans d’énormes bassins et propose leur chair à la dégustation.
Une activité atypique qui soulève des questions sur l’adaptation de ces poissons en France et leur viabilité économique.
Un poisson géant d’Amérique du Sud élevé en bassin
L’arapaïma, aussi appelé pirarucu, est l’un des plus gros poissons d’eau douce au monde. Originaire des fleuves d’Amérique du Sud, il peut atteindre 4,5 mètres et peser jusqu’à 300 kg. Contrairement à d’autres espèces, il doit remonter régulièrement à la surface pour respirer grâce à une vessie natatoire qui fonctionne comme un poumon.
Thierry Gallicina a introduit 600 alevins dans ses bassins de 50 000 litres sans recréer les conditions exactes de l’Amazonie. Selon lui, l’arapaïma est un poisson résistant et à croissance rapide, pouvant prendre 80 à 100 cm par an. Cette particularité lui permet d’atteindre un poids commercialisable en douze mois, avec des poissons d’environ dix kilos.
Une production locale pour une commercialisation ciblée
Une fois abattus par un pisciculteur, les arapaïmas sont transformés en rillettes ou en poisson fumé, puis vendus dans un magasin paysan de Ceyzériat et à certains restaurants et épiceries fines. Leur chair est décrite comme moins grasse et plus fine que celle du saumon.
Le prix du produit reste élevé, entre 80 et 100 euros le kilo, en raison des coûts de transformation. L’éleveur réfléchit également à valoriser la peau pour en faire du cuir, ainsi qu’à exploiter les écailles, très prisées dans certains secteurs.
Une espèce protégée et un élevage sous surveillance
L’arapaïma a longtemps été victime de surpêche, au point de frôler l’extinction dans les années 1990. Il figure en annexe 2 de la CITES, un classement qui permet son commerce sous conditions. En Amérique du Sud, des quotas de capture ont été instaurés pour garantir la pêche durable, limitant la prise à 30 % des adultes dans les zones protégées et interdisant la capture des poissons de moins de 1,50 m.
L’élevage en France soulève plusieurs questions, notamment en matière de réglementation, d’impact écologique et de demande commerciale. Pour l’instant, l’initiative de Thierry Gallicina semble trouver un public intéressé, notamment parmi les amateurs de produits exotiques et de circuit court.
Un arapaïma dans les eaux françaises
Si des arapaïmas venaient à être introduits par erreur dans les eaux françaises, cela pourrait entraîner des déséquilibres écologiques. En tant que prédateurs opportunistes, ils se nourrissent de poissons plus petits, d'invertébrés et même de petits oiseaux, ce qui pourrait perturber les écosystèmes locaux en menaçant certaines espèces indigènes.
De plus, leur croissance rapide et leur capacité d’adaptation pourraient favoriser leur installation dans des zones où la température de l'eau leur permettrait de survivre. Enfin, comme il s'agit d'une espèce non native, son impact sur la biodiversité locale et la concurrence avec d'autres espèces de poissons restent imprévisibles, posant un risque pour l’équilibre des milieux aquatiques français.
Une activité qui suscite l’intérêt mais reste à développer
L’élevage d’arapaïmas en France demeure un cas isolé, et son avenir économique dépendra de plusieurs facteurs : coût de production, demande du marché et potentiel d’exportation. La diversification des débouchés, notamment à travers la transformation du cuir et des écailles, pourrait permettre de rentabiliser l’exploitation.
Dans un contexte où les alternatives aux poissons traditionnels intéressent de plus en plus les consommateurs, l’arapaïma pourrait-il trouver sa place dans les assiettes françaises ? Seul l’avenir permettra d’évaluer si cette initiative atypique s’inscrit dans la durée.

