Le silure glane, espèce introduite depuis plusieurs décennies dans les cours d’eau français, suscite des préoccupations croissantes. La députée Sandra Delannoy (RN, Nord) a récemment (le 8 avril dernier) interrogé le gouvernement sur la gestion de cette espèce dont la présence est perçue comme problématique dans plusieurs bassins versants.
La réponse est tombée au début du mois de juillet, et ça risque de faire couler beaucoup d'encre.
Un prédateur opportuniste aux effets encore débattus
Classé comme carnassier, le silure glane (Silurus glanis) est capable de consommer une grande diversité de proies : poissons, crustacés, amphibiens, oiseaux aquatiques, et même petits mammifères. Des analyses stomacales ont confirmé cette diversité alimentaire, et des comportements de prédation sur des oiseaux comme les pigeons ont été observés dans le Tarn.
Dans certains bassins comme celui de la Garonne, le silure exerce une forte pression sur les poissons migrateurs tels que la lamproie, l’alose ou encore l’anguille, déjà impactés par d’autres facteurs comme les barrages ou la pollution. Des taux de prédation atteignant 80 à 100 % ont été signalés dans certains contextes.
Un statut juridique encore flou
Le silure n’est actuellement pas classé comme espèce nuisible en droit français. Il n’est pas non plus désigné comme espèce exotique envahissante, malgré les arguments biologiques en faveur d’un tel classement. L'absence de prédateurs naturels et sa longévité exceptionnelle (jusqu’à 50 ans) alimentent les craintes de déséquilibres écologiques.
Le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a rappelé dans un avis rendu en octobre 2024 que la pratique du no-kill contribue à la prolifération du silure, et qu'une modification réglementaire pourrait l’interdire si le statut de l'espèce évolue.
Des réponses locales et européennes
Entre 2021 et 2023, des campagnes de pêche ont été menées dans les bassins de la Garonne et de la Dordogne pour réduire la prédation du silure sur les poissons migrateurs. Ces opérations ont identifié trois engins sélectifs efficaces :
- Le filet tramail à mailles carrées de 135 mm ;
- Le piège de type verveux à mailles carrées de 27 mm minimum ;
- La ligne de fond (cordeau).
Ces méthodes sont jugées complémentaires selon les conditions locales (courant, salinité, etc.) et peuvent bénéficier de financements d’agences de l’eau, notamment dans les bassins Adour-Garonne et Loire-Bretagne.
Par ailleurs, au niveau européen, un projet nommé LIFE Predator est en cours en Italie, Portugal et République tchèque. Il vise à détecter, prévenir et contenir la prolifération du silure dans les lacs d’Europe du Sud.
Des attentes claires sur le suivi national
La députée Delannoy souhaite des réponses sur les avancées du groupe de travail national, actif depuis 2012, chargé de suivre l’évolution scientifique et de coordonner les parties prenantes. Le gouvernement indique que les discussions autour du double classement du silure (espèce susceptible de causer des déséquilibres et espèce exotique envahissante) se poursuivent.
La Fédération nationale de la pêche est impliquée dans ces échanges, avec une priorité donnée à la pêche sans remise à l’eau, tant par les professionnels que les pêcheurs de loisir, pour contenir cette espèce dans les milieux déjà fragilisés.
Une surveillance qui reste à affiner
Bien que plusieurs actions locales et internationales soient engagées, le cadre juridique national n’a pas encore été modifié pour répondre de manière plus contraignante à la progression du silure. Le sujet reste sensible, avec des implications directes sur la gestion piscicole, la biodiversité, et l'équilibre écologique des cours d'eau.
Retrouvez la question et la réponse complète à l'assemblée nationale directement sur https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE5691

